Avertissement médical

Cet article est fourni à titre informatif uniquement. Il ne remplace pas une consultation médicale. Si tu penses souffrir du SII, consulte un médecin pour obtenir un diagnostic personnalisé.

Des années à chercher des réponses

Tu es allé aux urgences pour des douleurs abdominales intenses. On t’a fait une prise de sang, une échographie, peut-être une coloscopie. Tout était « normal ». Et pourtant, la douleur était bien là. Le ventre gonflé, le transit imprévisible, la fatigue de devoir tout planifier autour de ton intestin.

Cette errance diagnostique, des millions de personnes la vivent. En moyenne, trois à quatre ans s’écoulent entre les premiers symptômes et le diagnostic de SII. Trois à quatre ans à entendre des « c’est du stress », « mangez mieux », « c’est dans votre tête ».

Depuis 2016, le diagnostic du SII reposait sur les critères de Rome IV — un référentiel international mis à jour tous les dix à quinze ans par un comité d’experts. En juin 2026, la Rome Foundation publie Rome V, première révision majeure depuis dix ans. Et certains de ces changements sont une vraie bonne nouvelle pour les patients.

Rome IV en trois phrases : ce qu’il fallait savoir

Avant de parler de ce qui change, rappelons rapidement ce que Rome IV stipulait. Pour obtenir un diagnostic de SII sous Rome IV, il fallait présenter :

  • des douleurs abdominales récurrentes, présentes au moins un jour par semaine sur les trois derniers mois,
  • associées à au moins deux de ces trois critères : lien avec la défécation, modification de la fréquence des selles, modification de la consistance des selles.

Ce cadre a permis de standardiser le diagnostic à l’échelle mondiale et de sortir le SII du flou. Mais dix ans de recherche ont mis en lumière ses limites : trop restrictif pour certains profils, inadapté à la diversité des présentations cliniques.

Ce que Rome V change concrètement

1. L’inconfort réintégré aux côtés de la douleur

Rome IV avait remplacé la formulation « inconfort ou douleur abdominale » de Rome III par le seul terme « douleur ». Un choix qui excluait de nombreux patients dont la gêne abdominale, bien que chronique et invalidante, ne correspondait pas à ce qu’on appelle communément une douleur.

Rome V corrige le tir en réintégrant explicitement la notion d’inconfort aux côtés de la douleur. En pratique, cela signifie que des symptômes comme une pression abdominale persistante, une sensation de lourdeur ou de tension — sans douleur « franche » — peuvent désormais entrer dans le tableau clinique du SII.

2. Le seuil abaissé à 3 jours par mois

Rome IV exigeait des symptômes présents au moins un jour par semaine, soit environ quatre jours par mois. Rome V abaisse ce seuil à trois jours par mois — soit environ un épisode tous les dix jours.

Ce changement peut paraître mineur, mais il est loin de l’être. Il permet à des patients dont les symptômes sont moins fréquents mais tout aussi épuisants de bénéficier enfin d’un diagnostic formel, d’un suivi adapté, et d’un accès aux thérapeutiques spécifiques au SII.

3. Critères cliniques et critères de recherche enfin séparés

Rome IV utilisait le même jeu de critères en consultation et dans les essais cliniques. Les critères de recherche, plus stricts, servaient à homogénéiser les populations d’étude — mais certains médecins les appliquaient aussi en consultation, écartant des patients qui auraient pourtant bénéficié d’un suivi.

Rome V formalise la distinction entre critères cliniques (plus souples, pour le diagnostic en cabinet) et critères de recherche (plus rigoureux, pour les études scientifiques). Une séparation logique, attendue depuis longtemps par les cliniciens.

4. La prise en charge pluridisciplinaire intégrée

Pour la première fois dans l’histoire des critères de Rome, Rome V intègre explicitement la prise en charge pluridisciplinaire dans son cadre de référence : nutrition adaptée, approches comportementales, gestion du sommeil.

C’est une reconnaissance officielle de ce que la recherche confirme depuis plusieurs années : le SII ne se traite pas efficacement en ciblant un seul levier. C’est une approche globale qui fait la différence — celle qu’IntestiLibre défend depuis le début.

Pourquoi c’est une bonne nouvelle — même si tu es déjà diagnostiqué

Si tu as un diagnostic de SII posé sous Rome IV, rien ne change pour toi : ton diagnostic reste valable, et Rome V ne l’invalide pas. Ces nouveaux critères élargissent la porte, ils ne la ferment pas à ceux qui sont déjà entrés.

En revanche, si tu te bats depuis des années pour obtenir une reconnaissance de tes symptômes sans y parvenir, Rome V pourrait changer les choses. Un profil avec inconfort chronique plutôt que douleur franche, des épisodes moins fréquents qu’une fois par semaine : des situations qui étaient auparavant en zone grise diagnostique, et qui trouvent désormais leur place dans les critères officiels.

C’est aussi un signal fort à l’attention des professionnels de santé : le SII n’est pas une pathologie marginale ou psychosomatique. C’est un trouble fonctionnel sérieux, avec des critères rigoureux, une prise en charge spécifique, et une dimension pluridisciplinaire reconnue par les plus hautes autorités scientifiques mondiales.

Diagnostiqué sous Rome IV : faut-il refaire un point ?

Non, pas nécessairement. Mais si tu n’as jamais bénéficié d’une évaluation complète incluant les dimensions nutritionnelle, comportementale et du sommeil, c’est le bon moment d’en parler à ton médecin ou à un spécialiste.

Le diagnostic, c’est le point de départ. La vraie question, c’est : est-ce que ta prise en charge actuelle te permet réellement d’avancer ? Si la réponse est non, Rome V pose un cadre dans lequel une approche plus globale est désormais pleinement légitime.

Si tu veux commencer par évaluer où tu en es, le score Francis IBS-SSS est un outil simple et validé scientifiquement. Il mesure la sévérité de tes symptômes en quelques minutes et donne un premier point de repère objectif.

Pour aller plus loin sur le diagnostic du SII, comment savoir si tu en souffres et quels symptômes doivent t’amener à consulter : Comment savoir si j’ai un syndrome de l’intestin irritable ?

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Questions fréquentes

La publication officielle de Rome V date de juin 2026. Son adoption en pratique courante sera progressive : les gastro-entérologues et médecins formés aux troubles fonctionnels intestinaux l'intégreront en premier. Si tu consultes dans les mois qui suivent, ton médecin commence à en entendre parler — n'hésite pas à lui en parler toi-même en apportant cet article.

Absolument. Rome V élargit les critères diagnostiques, il ne les remet pas en cause. Si tu as reçu un diagnostic de SII sous Rome IV, il reste parfaitement valable. Ces nouvelles normes permettent surtout à davantage de personnes d'être enfin reconnues — elles ne retirent rien à ceux qui l'étaient déjà.

Le score IBS-SSS (Irritable Bowel Syndrome Severity Scoring System), mis au point par Francis et ses collègues en 1997, mesure la sévérité de tes symptômes de SII sur une échelle de 0 à 500 points. Il permet de suivre l'évolution de tes symptômes dans le temps et d'objectiver l'impact du SII sur ta qualité de vie — un outil très utilisé dans les consultations spécialisées.

Sources

  1. 1. Rome Foundation. Rome V Diagnostic Criteria (juin 2026) Méta-analyse
  2. 2. Black CJ, Ford AC. Rebuilding Rome — Revising Diagnostic Criteria for Irritable Bowel Syndrome. Aliment Pharmacol Ther. 2025 Essai randomisé
  3. 3. Francis CY, Morris J, Whorwell PJ. The irritable bowel severity scoring system. Aliment Pharmacol Ther. 1997;11(2):395-402 Essai randomisé PMID 9146615