Cet article est fourni à titre informatif uniquement. Il ne remplace pas une consultation médicale. Le sous-type de SII ne peut être déterminé avec certitude que par un professionnel de santé, dans le cadre d’une évaluation globale de tes symptômes.
Le tabou dont personne ne parle, et pourtant
Parler de ses selles, ça ne se fait pas. Pas à table, pas entre amis, à peine chez le médecin. Et pourtant, si tu souffres du syndrome de l’intestin irritable, la consistance de tes selles est l’une des informations les plus précieuses pour comprendre ce qui se passe vraiment dans ton ventre.
Le SII n’est pas une réalité uniforme. Derrière ce diagnostic, il existe quatre sous-types distincts : SII-C, SII-D, SII-M et SII-U, chacun avec ses mécanismes propres, ses déclencheurs et ses pistes d’amélioration spécifiques. Connaître le tien, c’est commencer à reprendre le contrôle sur ta prise en charge.
L’échelle de Bristol : ta boussole pour lire ton transit
Avant de parler des sous-types, il faut comprendre comment ils sont définis. Les critères Rome IV, le référentiel international du diagnostic du SII, utilisent l’échelle de Bristol comme outil de classification.
Mise au point par les chercheurs Lewis et Heaton à l’Université de Bristol en 1997, cette échelle décrit sept types de selles, du plus dur au plus liquide. Elle est simple, visuelle, et reconnue scientifiquement comme indicateur fiable du temps de transit intestinal.

Échelle de Bristol — Les 7 types de selles et leur signification pour le transit intestinal
Note : dans la classification du SII (critères Rome), seuls les types 6 et 7 définissent la diarrhée et les types 1 et 2 la constipation. Le type 5 est considéré comme une zone intermédiaire : proche de la normale, parfois rattaché à un transit légèrement accéléré selon les contextes. Il n’entre pas dans la définition de la prédominance diarrhée du SII.
Les types 3 et 4 sont considérés comme normaux. En dessous, le transit est trop lent. Au-dessus, il est trop rapide. C’est en observant quelle proportion de tes selles correspond à chaque type (idéalement sur deux semaines) que ton professionnel de santé peut identifier ton sous-type de SII.
Les 4 sous-types du SII : lequel est le tien ?
SII-C : quand la constipation domine
Le SII-C se caractérise par des selles majoritairement dures ou grumeleuses : plus de 25 % de type 1 ou 2 sur l’échelle de Bristol, avec moins de 25 % de selles liquides (type 6-7).
Ce que tu ressens au quotidien : une sensation persistante de ne pas vider complètement ton intestin, des efforts importants pour aller à la selle, un ventre souvent dur, gonflé et inconfortable. Les douleurs abdominales sont fréquentes, et peuvent être partiellement soulagées après une défécation, même difficile.
Le SII-C touche davantage les femmes. Il est souvent lié à une motilité intestinale ralentie, parfois aggravée par le stress ou une alimentation pauvre en fibres solubles. L’hydratation, la gestion du stress et l’alimentation jouent un rôle central dans son amélioration.
SII-D : quand la diarrhée est au premier plan
À l’opposé, le SII-D se distingue par des selles fréquentes et liquides : plus de 25 % de type 6 ou 7, avec peu ou pas de selles dures (moins de 25 % de type 1-2).
Ce que tu ressens au quotidien : des urgences soudaines à aller aux toilettes, souvent dans la première heure du matin ou après les repas, des crampes qui disparaissent partiellement après la défécation, et une anxiété sourde liée à l’imprévisibilité du transit. Cette imprévisibilité peut peser lourd sur la vie sociale et professionnelle, bien au-delà du symptôme physique.
Le SII-D est plus fréquent chez les hommes. Il peut être déclenché ou aggravé par des épisodes infectieux passés (une gastro-entérite, par exemple), le stress chronique ou certains aliments riches en FODMAPs. L’axe intestin-cerveau (ce lien bidirectionnel entre le cerveau et le système digestif) y joue souvent un rôle important.
SII-M : le mixte, le plus déconcertant
Le SII mixte, c’est la combinaison des deux : plus de 25 % de selles dures et plus de 25 % de selles liquides, souvent en alternance sur une même période.
Ce que tu ressens au quotidien : une imprévisibilité totale. Plusieurs jours de constipation peuvent succéder brusquement à des épisodes de diarrhée, sans logique apparente. Le SII-M est souvent celui qui génère le plus de découragement et d’épuisement, précisément parce qu’il est difficile à anticiper et donc à expliquer à l’entourage ou aux soignants.
Bonne nouvelle : le SII-M est le sous-type le plus documenté dans la littérature scientifique, et les pistes d’amélioration sont réelles. Les approches pluridisciplinaires (alimentation, gestion du stress, travail sur le sommeil) ont montré des résultats dans ce profil.
SII-U : quand aucune case ne convient vraiment
Le SII-U (non classé, ou unclassified) désigne les personnes qui répondent aux critères diagnostiques du SII, mais dont le profil de selles ne correspond pas clairement aux trois sous-types précédents. La consistance peut varier, sans qu’un pattern dominant ne se dégage.
Ce sous-type est moins fréquemment mentionné, mais il existe. Si tu as un diagnostic de SII avéré, avec des douleurs abdominales récurrentes et des modifications du transit, mais que tu ne te reconnais pas dans les descriptions de SII-C, D ou M, tu appartiens peut-être à cette catégorie. Les approches de prise en charge restent similaires, et un accompagnement individualisé permet souvent de mieux cerner ce qui se passe.
Ce que Rome V (2026) change pour les sous-types
Les critères Rome V, dont les bases scientifiques ont été publiées début 2026 et le déploiement officiel intervient en juin 2026, constituent la nouvelle référence internationale du diagnostic du SII. Si des modifications concernant la définition ou la classification des sous-types sont confirmées, cet article sera mis à jour. Pour comprendre ce qui change concrètement, retrouve notre article dédié : Critères Rome V (2026) : ce qui change dans le diagnostic du SII (à paraître début juin 2026).
Connaître son sous-type : une information utile, pas une étiquette
Ce n’est pas une question d’entrer dans une case. Connaître ton sous-type de SII, c’est une donnée clinique utile, pour toi comme pour les professionnels qui t’accompagnent.
Les pistes d’amélioration ne sont pas identiques selon que tu souffres de SII-C ou de SII-D. La façon d’aborder l’alimentation (type de fibres, aliments déclencheurs, rythme des repas), la gestion du stress, ou encore un accompagnement spécifique comme l’hypnose intestinale, variera d’un profil à l’autre.
C’est aussi un outil de communication précieux avec ton médecin ou ton gastro-entérologue. Arriver en consultation avec deux semaines d’observations notées, en utilisant l’échelle de Bristol, c’est lui donner des données concrètes plutôt que des impressions vagues. Et souvent, c’est ce qui change la qualité du suivi.
Si tu n’as pas encore de diagnostic et que tu cherches à comprendre si tu as bien un SII, retrouve notre article : Comment savoir si j’ai un syndrome de l’intestin irritable ?.
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Questions fréquentes
Oui, et c'est même fréquent. Environ un tiers des personnes atteintes de SII changent de sous-type au cours de leur vie : un SII-D peut évoluer vers un SII-M, ou inversement. C'est pourquoi observer régulièrement ses selles avec l'échelle de Bristol reste précieux : cela permet d'adapter la prise en charge à ce que tu vis vraiment au moment présent, et non à un profil figé.
Oui. L'échelle de Bristol a été validée scientifiquement comme indicateur indirect du temps de transit intestinal (Lewis & Heaton, 1997). Simple et visuelle, elle est utilisée dans les essais cliniques sur le SII. Observer ses selles pendant 1 à 2 semaines donne une image représentative de son transit habituel, bien plus utile qu'une seule journée isolée.
C'est courant, surtout lors de consultations courtes. Le sous-typage n'est pas toujours communiqué au patient, même lorsque le diagnostic de SII est posé. N'hésite pas à en parler lors de ton prochain rendez-vous et à apporter tes observations avec l'échelle de Bristol : cela aide le médecin à affiner la prise en charge.
Sources
- 1. The Rome Foundation. Rome IV Diagnostic Criteria for Functional Gastrointestinal Disorders, 2016 Consensus d'experts
- 2. Lewis SJ, Heaton KW. Stool form scale as a useful guide to intestinal transit time. Scand J Gastroenterol. 1997;32(9):920-924 Étude de validation PMID 9299672
- 3. Sabaté JM. Recommandations sur la prise en charge du syndrome de l'intestin irritable. FMC Gastro. 2021 Recommandation de pratique