Avertissement médical

Cet article est fourni à titre informatif uniquement. Il ne remplace pas une consultation médicale ni un avis juridique. Pour toute question sur vos droits ou les aménagements de poste possibles, le bon interlocuteur reste votre médecin du travail.

Vous gérez votre SII au travail depuis des années, en silence

Vous connaissez le scénario. Une réunion qui s’éternise et cette crampe qui monte. Le trajet en open space vers les toilettes, en espérant que personne ne remarque la fréquence. La sortie improvisée juste avant un rendez-vous client. Et à la fin de la journée, cette fatigue d’avoir dû gérer deux choses en même temps : votre travail, et votre ventre.

Vous n’en parlez pas à votre manager. Ni à vos collègues. Le sujet est trop intime, et vous craignez le jugement ou d’être perçu(e) comme moins fiable. Résultat : vous portez seul(e) une charge que la science documente très clairement, mais qui reste invisible dans votre entreprise.

Vous n’êtes pas seul(e), même si vous vous sentez isolé(e) au bureau

Le syndrome de l’intestin irritable (SII) touche entre 5 et 10 % de la population française (SNFGE)¹. Dans une équipe de 50 personnes, cela représente statistiquement 3 à 5 collègues concernés, qui gardent probablement le même silence que vous.

Plus largement, une étude épidémiologique mondiale portant sur 73 000 répondants documente qu’environ 40 % de la population adulte présente au moins un trouble de l’interaction intestin-cerveau (DGBI), la famille de troubles digestifs chroniques dont le SII fait partie (Sperber et al., Gastroenterology, 2021)². La classification internationale Rome V, publiée en 2026, a d’ailleurs officiellement renommé ces troubles “de l’interaction intestin-cerveau” plutôt que “fonctionnels”, justement pour sortir de la stigmatisation historique qui les faisait passer pour “psychologiques” ou “dans la tête” (Drossman, Chang, Tack, Gastroenterology, 2026)⁶.

Le SII n’est donc ni rare, ni imaginaire. C’est un trouble reconnu par la communauté scientifique internationale, avec un mécanisme biologique identifié : l’axe intestin-cerveau.

Ce que la science dit de l’impact du SII au travail

Vous n’avez pas besoin de vous justifier avec des impressions. Il existe des données précises sur l’impact du SII en milieu professionnel.

Une étude portant sur 525 patients SII en emploi rapporte que 86,8 % d’entre eux constatent une baisse de productivité au travail (le “présentéisme” : être présent tout en étant diminué dans ses capacités), et 24,3 % ont connu au moins un épisode d’absentéisme lié à leur SII sur la semaine précédant l’enquête (Frändemark et al., Am J Gastroenterol, 2018)³.

Chez les personnes atteintes de la forme à diarrhée prédominante (SII-D), une étude rapporte un taux d’absentéisme presque deux fois plus élevé que dans la population générale (5,1 % contre 2,9 %) (Buono et al., 2017)⁴. Précision utile pour la nuance : cette étude a été financée par le laboratoire Allergan (devenu AbbVie), qui commercialise un traitement du SII-D. Ses résultats sont donc à interpréter avec prudence et ne concernent que ce sous-type précis de SII, pas l’ensemble des patients.

Sur le plan de la santé mentale, une méta-analyse regroupant plusieurs études montre que près de 4 patients SII sur 10 (39,1 %) présentent aussi un trouble anxieux, et environ 3 sur 10 (28,8 %) un trouble dépressif (Zamani et al., Aliment Pharmacol Ther, 2019)⁵. Le lien fonctionne dans les deux sens : le stress professionnel aggrave les symptômes digestifs, et les symptômes digestifs, gérés en silence, entretiennent le stress.

Ces chiffres ne sont pas là pour vous faire peur. Ils sont là pour vous donner un langage factuel si vous choisissez d’aborder le sujet avec votre employeur.

Pourquoi le cercle stress-symptômes s’entretient au travail

Le système nerveux entérique, parfois appelé “second cerveau”, communique en permanence avec le cerveau via le nerf vague, des hormones et le microbiote intestinal. C’est ce qu’on appelle l’axe intestin-cerveau, et c’est le fondement scientifique de la classification Rome V⁶.

Concrètement, plusieurs éléments du quotidien professionnel aggravent les symptômes : repas pris rapidement entre deux réunions, café en excès, stress des échéances, appréhension d’une crise pendant un rendez-vous, open space sans accès simple aux toilettes, déplacements professionnels. Chacun de ces facteurs nourrit les symptômes, qui à leur tour nourrissent le stress. C’est un cercle qui ne s’arrête pas tout seul : il se travaille, avec les bons leviers (nutrition, gestion du stress, parfois aménagement de l’environnement de travail).

Comment en parler à votre employeur, sans tout dévoiler

Vous n’avez aucune obligation légale de révéler un diagnostic médical à votre employeur. La décision vous appartient entièrement, et rien ne vous oblige à entrer dans le détail des symptômes.

Si vous choisissez d’en parler, voici quelques repères qui peuvent vous aider.

Passez par le médecin du travail plutôt que directement par votre manager. Le médecin du travail est soumis au secret médical. Il peut recommander des aménagements de poste (accès facilité aux toilettes, horaires flexibles, télétravail ponctuel en cas de crise) sans jamais communiquer votre diagnostic à votre employeur. C’est souvent le chemin le plus protecteur.

Nommez le trouble sans entrer dans le détail des symptômes. Vous pouvez dire “j’ai un trouble digestif chronique qui nécessite parfois des aménagements” sans détailler la fréquence ou la nature exacte de vos symptômes. Le SII est une pathologie reconnue, au même titre que d’autres troubles chroniques invisibles.

Appuyez-vous sur des faits plutôt que sur un ressenti seul. Rappeler que le SII est documenté scientifiquement, avec un impact mesuré sur la concentration et la productivité, peut aider à sortir la conversation du registre de l’excuse pour la faire entrer dans celui d’un enjeu de santé au travail légitime.

Identifiez ce qui vous aiderait concrètement avant la conversation. Accès simplifié aux toilettes, possibilité de pauses courtes, option de télétravail les jours de crise, discrétion du service RH. Une demande précise est plus facile à traiter pour votre employeur qu’une plainte générale.

Ce qui précède est une information générale, pas un conseil juridique individualisé. Pour une situation spécifique, un représentant du personnel, le médecin du travail ou un professionnel du droit du travail reste le bon interlocuteur.

Ce sujet dépasse votre situation individuelle

Si le sujet est aussi difficile à aborder, c’est en grande partie parce qu’il reste absent des dispositifs de santé au travail de la plupart des entreprises. Le décalage entre la fréquence réelle du SII et sa visibilité en entreprise est l’un des plus marqués parmi les sujets de santé au travail.

C’est en train de changer. Certaines entreprises commencent à intégrer les troubles digestifs chroniques dans leur démarche QVCT (qualité de vie et conditions de travail), au même titre que d’autres sujets de santé longtemps restés tabous.

Votre entreprise pourrait faire partie de ces exceptions

Si vous pensez que votre service RH ou votre direction serait réceptif à ce sujet, vous pouvez leur transmettre cet article, ou leur signaler qu’IntestiLibre accompagne les entreprises sur ce sujet précis : sensibilisation des équipes, accompagnement individuel nutrition et gestion du stress, dans le cadre d’une démarche QVCT ou RSE.

Ce que vous pouvez faire de votre côté, dès maintenant

En parallèle d’une éventuelle discussion avec votre employeur, l’intervention la plus documentée sur le SII repose sur deux piliers : la nutrition (règles hygiéno-diététiques, protocole Low FODMAP encadré) et la gestion du stress et de l’anxiété (hypnothérapie orientée intestin, méditation). Ces approches sont reconnues par les recommandations cliniques de l’American College of Gastroenterology et par le Seoul Consensus 2025.

Si vous voulez d’abord faire un point sur votre situation, le score Francis IBS-SSS est un outil validé scientifiquement qui mesure la sévérité de vos symptômes en quelques minutes.

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Questions fréquentes

Non. Aucune loi ne vous oblige à révéler un diagnostic médical à votre employeur. Vous pouvez passer par le médecin du travail, qui est tenu au secret médical, pour obtenir des aménagements sans jamais communiquer votre diagnostic précis.

Un médecin du travail peut recommander des aménagements (accès aux toilettes, horaires, télétravail ponctuel) en fonction de l'impact du trouble sur votre capacité de travail, indépendamment du diagnostic exact. C'est une question à aborder directement avec lui, il reste le seul interlocuteur compétent pour évaluer votre situation.

Il n'existe pas de seuil universel. Si vos symptômes affectent régulièrement votre concentration, votre présence ou votre bien-être au travail, c'est déjà une raison suffisante d'envisager la discussion, à votre rythme et selon ce que vous êtes prêt(e) à partager.

Sources

  1. 1. Société Nationale Française de Gastro-Entérologie (SNFGE). Syndrome de l'intestin irritable. Recommandation de pratique
  2. 2. Sperber AD, Bangdiwala SI, Drossman DA, et al. Worldwide Prevalence and Burden of Functional Gastrointestinal Disorders, Results of Rome Foundation Global Study. Gastroenterology. 2021;160(1):99-114. doi:10.1053/j.gastro.2020.04.014 Étude observationnelle
  3. 3. Frandemark A, Tornblom H, Jakobsson S, Simren M. Work Productivity and Activity Impairment in Irritable Bowel Syndrome (IBS): A Multifaceted Problem. Am J Gastroenterol. 2018;113(10):1540-1549. doi:10.1038/s41395-018-0262-x Étude observationnelle
  4. 4. Buono JL, Carson RT, Flores NM. Health-related quality of life, work productivity, and indirect costs among patients with irritable bowel syndrome with diarrhea. Health Qual Life Outcomes. 2017;15(1):35. doi:10.1186/s12955-017-0611-2 (financement Allergan/AbbVie) Étude observationnelle
  5. 5. Zamani M, Alizadeh-Tabari S, Zamani V. Systematic review with meta-analysis: the prevalence of anxiety and depression in patients with irritable bowel syndrome. Aliment Pharmacol Ther. 2019;50(2):132-143. doi:10.1111/apt.15325 Méta-analyse
  6. 6. Drossman DA, Chang L, Tack J. Disorders of Gut-Brain Interaction and the Rome V Process. Gastroenterology. 2026;170(6):1083-1098. doi:10.1053/j.gastro.2026.02.014 Consensus d'experts